C'est le titre que j'ai donné à cette page faite à la maison mais qui correspond à un atelier de Manuéla auquel je n'avais pas pu assister. C'est toujours un moment très spécial pour mes petits-enfants quand on va chez ma copine Olga :délicieux goûter, jeux et activités créatives sont à chaque fois au programme. Et voilà une page de plus dans l'album de Gwendoline :

Moment spécial 

Quelques détails d'un peu plus près :

Collage moment spécial 

Le hasard fait que le titre que j'ai donné à cette page convient parfaitement aux lignes qui vont suivre mais il s'agit là d'un moment nettement moins serein!! Un bon nombre d'entre vous avez montré beaucoup d'intérêt pour les extraits du journal écrit par mon grand-père alors que, comme beaucoup d'autres familles normandes, il se trouvait au coeur de la tourmente du Débarquement. Je vous en avais parlé ici

J'ai vu ce soir à la télévision un court reportage sur ce qui se déroulait en ce 4 Juillet 1944 et du coup, j'ai ressorti le cahier de mon grand-père. Voici ce qu'il écrivait à cette date :

MARDI 4 JUILLET 

                        A 5h, je me lève, le bombardement n’a pas arrêté de la nuit et même redouble. Les enfants sont absolument désespérés et effrayés. Nous attendons que cela se calme. Je vais voir de temps à autre les autres familles qui attendent aussi l’accalmie mais cela n’a pas l’air de s’arrêter.

                        Une grosse attaque  a l’air de se dessiner sur Carpiquet*, ce qui est inquiétant pour la sécurité de la route. Dans une de mes sorties, je rencontre à nouveau une patrouille anglaise. Le chef de la patrouille me dit que les Canadiens viennent de prendre l’aérodrome de Carpiquet. Je reviens en hâte à la maison et dit aux enfants qu’il faut s’en aller sans retard. Je sens que c’est dur, les petits ne réalisent pas, les enfants ont peur de la canonnade, je les exhorte, les bouscule même un peu mais je sens que ce n’est plus le temps de faiblir. Je leur rappelle qu’au cas où l’un d’entre nous est blessé, nous sommes sans secours, sans soin et pouvons mourir....

                        Nous prenons les deux poussettes, les chargeons de ce qui nous est le plus utile et nous partons. Nous disons adieu à la maison. La route est jonchée de débris de toutes sortes. Arrivés à la grand-route, nous voyons les Canadiens descendre de la rue aux Juifs, d’autres ont braqué une pièce de canon sur Bretteville ; j’ai l’impression que Verson va être occupé immédiatement.

                         Nous traversons Verson complètement en ruines, les enfants marchent devant, je tâche de les suivre aussi vite que possible.

                        L’artillerie s’est arrêtée ou presque, j’ai l’impression que tout ira bien. La distance entre les enfants et moi s’accentue, une auto s’arrête à ma hauteur, elle appartient à un de ceux qui ont enterré la grand-mère, elle est pleine à craquer. Je m’assoie sur une des ailes du capot, je rattrape les  enfants, les dépasse, leur fait signe et continue. On n’est pas loin du but. En haut de la côte de Mouen, le propriétaire de l’auto dépose tout son monde et retourne à Verson pour prendre d'autres personnes mais au bout d’un instant, je le vois réapparaître avec les trois poussins joyeux comme pas un … penses-tu, on a été en auto. Heureux âge ! En arrivant à la hauteur des enfants, l’auto s’arrêta car, en redescendant, plusieurs balles de mitrailleuse le saluèrent. Il prit donc les enfants, fit demi-tour et décida de ne pas retourner à Verson. Il ne pouvait pas prendre les poussettes avec les filles et quelques instants après, instants qui m’ont paru interminables, les enfants arrivaient à leur tour. Janine et Simone** se couchèrent une fois dans le fossé, les balles sifflaient. Enfin, tout se passa sans encombre. A ce moment, je sentis ma poitrine se dilater, un poids m’était enlevé, j’avais la joie d’avoir sauvé ce qui m’était le plus précieux, petits-enfants, enfants…et enfin, ce qui me reste à vivre.

                        Les poussins eurent bientôt les mains pleines de chocolat et bonbons, les Anglais leur faisaient fête. Enfin, on respirait une autre atmosphère et cela, d’un seul coup, à un tel point que l’on ne songe plus à ce qui c’est passé. On a l’impression d’avoir changé de pays et l’on commence à comprendre  l’importance de la force des Alliés.

                        Au château de Mouen, un camion nous emmena à Cheux pour les identités et ensuite à Condé-sur Seules où on rencontra une dame du Havre qui venait à la plage avec nous et qui était en Angleterre et qui est revenue en France dans l’armée anglaise. Après nous avoir rappelé les souvenirs du Havre, Janine et Simone et cette dame se sont embrassées.

                        Après un repas, on passa les visites pour éviter les contagions.......Un camion nous transporta ensuite à Guéron, à deux km de Bayeux  et on nous logea à l’école en attendant de nous trouver un local. Enfin, on peut dormir sans entendre le canon et, en me remémorant tous les faits de la journée, je m’endormais en pensant aux tracas et aux soucis que tu dois te faire et comment pourrais-je te prévenir.

                        Enfin, nous sommes en vie et je pense encore, en fermant les yeux, à tout le matériel anglais que j’ai vu, c’est formidable.

*à 8km de Verson où se trouvait ma famille

**ma tante et ma mère

 Cette journée du 4 Juillet fut donc un moment très spécial pour mon grand-père, ma mère et ma tante puique c'est ce jour-là qu'ils ont décidé d'évacuer le village dont il ne restait pratiquement plus rien. Ce n'était vraiment plus possible de rester puisqu'ils se trouvaient en pleine zone de combat! 

Voilà, ce sera tout pour aujourd'hui. Je vous souhaite un excellent weekend à toutes et à tous. Pour ce qui me concerne, la journée de dimanche sera une journée spéciale Gelli Plate avec Manuéla.